DMLA humide :je dois avoir des injections dans l’œil
L’idée d’une « piqûre dans l’œil » peut faire frémir. C’est pourtant l’un des traitements les plus utiles que la médecine moderne ait apporté à l’ophtalmologie : il a sauvé la vue de millions de patients atteints de DMLA, de rétinopathie diabétique ou d’occlusions veineuses. Et bonne nouvelle : ce geste, redouté avant, est presque toujours décrit comme bien plus simple que ce qu’on imaginait une fois qu’on l’a vécu.
À quoi ça sert ?
Dans certaines maladies de la rétine, l’œil fabrique en excès une protéine appelée VEGF, qui provoque la pousse de petits vaisseaux anormaux et fragiles. Ces vaisseaux fuient, gonflent la rétine et abîment la vision centrale. Les anti-VEGF sont des médicaments qui neutralisent cette protéine : les vaisseaux régressent, l’œdème disparaît, la vision se stabilise — voire s’améliore.
Comme le médicament agit seulement quelques semaines, il faut répéter les injections à intervalles réguliers. C’est contraignant, mais c’est ce qui permet de préserver la vue sur le long terme.
Avant le rendez-vous : comment se préparer
Quelques conseils simples :
• Pas de maquillage des yeux le jour J (mascara, eye-liner). • Pas de lentilles de contact ce jour-là. • Signalez à votre ophtalmologue toute allergie, notamment à la Bétadine (iode), ainsi que vos médicaments en cours. • Prévoyez idéalement quelqu’un pour vous raccompagner : la pupille sera dilatée et la vision floue quelques heures. • Mangez normalement — ce n’est pas une opération à jeun.
Le déroulement, étape par étape au cabinet
Tout se passe en cabinet , sans hospitalisation.
1. L’accueil et la vérification : votre identité, l’œil à traiter et le produit sont contrôlés.
2. Les gouttes anesthésiantes : appliquées plusieurs fois dans les minutes qui précèdent. L’injection est rendue indolore grâce à ces instillations répétées de collyres qui anesthésient totalement la surface oculaire. 3. La désinfection : une solution iodée (Bétadine) nettoie la paupière et la surface de l’œil. C’est l’étape clé pour éviter toute infection.
4. L’injection elle-même : elle dure quelques secondes. Le médecin demande de regarder dans une direction précise, puis injecte le produit dans la partie blanche de l’œil, à l’aide d’une aiguille extrêmement fine. La plupart des patients ne ressentent qu’une légère pression, jamais de douleur vive.
5. C’est fini : on rince l’œil, parfois on contrôle la pression oculaire, et vous repartez.
Comptez 15 à 20 minutes au total, dont quelques secondes seulement pour l’injection.
Après l’injection : à quoi s’attendre
Dans les heures et les jours qui suivent, c’est normal de ressentir :
• une sensation de grain de sable ou de picotements (effet de la Bétadine) ; • l’œil un peu rouge, parfois avec une petite tache de sang sur le blanc — elle disparaît seule en quelques jours ; • des « mouches volantes » ou petits points noirs dans le champ de vision : ce sont des bulles du produit, qui disparaissent en 24-48 heures ; • une vision un peu floue quelques heures.
Quelques précautions simples : ne pas se frotter l’œil, ne pas mettre la tête sous l’eau le jour même (donc pas de shampoing), et éviter pendant 24 à 48 heures les environnements poussiéreux (bricolage, jardinage) et les sports violents. Des gouttes antibiotiques peuvent être prescrites quelques jours.
Et les risques, alors ?
C’est la grande question. La vérité, c’est que les complications graves sont rares lorsque le geste est fait dans les règles. Une analyse a retrouvé un taux de décollement de rétine d’environ 1 cas pour 7500 injections (0,013 %). L’infection grave (endophtalmie) est encore plus rare, de l’ordre de 1 sur plusieurs milliers d’injections.
Quand consulter en urgence ? Si dans les jours qui suivent vous constatez :
• une douleur intense qui s’aggrave, • une rougeur importante qui ne diminue pas, • une baisse brutale de vision, • ou une sensibilité majeure à la lumière.
Ces signes restent exceptionnels, mais ils justifient un appel rapide à votre ophtalmologue.
Le mot de la fin
Une injection intravitréenne n’a rien à voir avec ce qu’on s’imagine : pas de douleur, pas d’hospitalisation, pas d’arrêt de travail, un geste de quelques secondes. C’est aujourd’hui l’un des traitements les plus efficaces de l’ophtalmologie moderne, et il a permis à des milliers de patients de conserver leur autonomie visuelle.
Le seul vrai conseil : ne pas retarder le traitement par peur. Plus le traitement commence tôt, mieux la vision est préservée.


